Il y a quelques semaines, une classe de CE2 de l'école Jules-Ferry de Cenon a posé le pied sur les berges de la Garonne pour la première fois en tant qu'exploratrices de mémoire. Carnet à la main, regard tourné vers l'eau grise et luisante, les enfants cherchaient quelque chose d'invisible : les traces d'un monde disparu, celui des passeurs qui, pendant des siècles, ont relié la rive droite à Bordeaux à la force des bras et de la rame.

C'est exactement l'objet de nos ateliers pédagogiques. Chaque séance commence en classe, autour d'une carte ancienne où les embarcadères sont encore visibles — ces petits pontons modestes qui ponctuaient le bord du fleuve entre Cenon, Lormont et Floirac. Les élèves découvrent que traverser la Garonne n'a pas toujours été une affaire de pont : pendant longtemps, c'était une affaire d'homme, de barque et de courant.

La deuxième séance les emmène sur le terrain. Accompagnés d'un médiateur de notre association, les enfants marchent le long des berges et apprennent à lire le paysage : un escalier de pierre à moitié effacé par la végétation, une bitte d'amarrage rouillée, une légère dépression dans la rive qui trahit l'emplacement d'un ancien débarcadère. Ces indices silencieux, que des milliers de passants ignorent chaque jour, deviennent soudain une langue que les élèves commencent à déchiffrer.

Ces indices silencieux, que des milliers de passants ignorent chaque jour, deviennent soudain une langue que les élèves commencent à déchiffrer.

La troisième et dernière séance est souvent la plus émouvante. Nous invitons un témoin — un riverain âgé, parfois le petit-fils d'un passeur — à venir parler devant la classe. Les enfants ont préparé leurs questions. Ils veulent savoir combien coûtait la traversée, si le fleuve faisait peur la nuit, ce qui se passait quand le courant était trop fort. Ce moment de transmission directe, entre une génération et une autre séparées par soixante ou soixante-dix ans, est au cœur de ce que nous faisons.

Depuis le lancement du programme en 2023, vingt-deux classes ont participé aux ateliers, soit plus de cinq cents élèves des communes de Cenon, Lormont, Floirac et Bassens. Les enseignants nous rapportent régulièrement que les enfants continuent d'en parler longtemps après, qu'ils montrent les berges à leurs parents le week-end, qu'ils posent des questions à leurs grands-parents sur la vie d'autrefois au bord de l'eau.

C'est précisément cela, notre mission : non pas conserver la mémoire dans une vitrine de musée, mais la remettre en circulation, la faire traverser à nouveau d'une rive à l'autre — cette fois, d'une génération à l'autre. Si vous êtes enseignant sur la rive droite et que vous souhaitez inscrire votre classe à nos ateliers pour l'année scolaire prochaine, contactez-nous dès maintenant : les créneaux du printemps se remplissent vite.

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